De l'enseignement
fondamental à l'éducation de base pour tous
L'éducation
permanente en devenir
L'éducation
permanente est liée à l'histoire de l'Unesco tout
au long de son existence. Ce n’est que graduellement et
difficilement, que cette notion s'est imposée, faisant
évoluer les tendances des politiques éducatives
de l'instruction fondamentale des enfants à
l'alphabétisation fonctionnelle des adultes, puis
à la satisfaction des besoins éducatifs
fondamentaux, dans le cadre d'une éducation de base pour
tous.
L'idée
de l'éducation permanente est aussi vieille que l'histoire
de l'humanité. Ses traces sont plus ou moins visibles dans
différentes civilisations, religions, cultures et pratiques
éducatives, à travers presque tous les
âges et dans toutes les parties du monde. Dans
l'antiquité grecque, Hésiode
énonçait l'idée d'Apprendre
à être, déclarant que "l'éducation
aide l'homme à apprendre a être ce qu'il est
capable d'être" et, plusieurs siècles
plus tard, J.A. Comenius proclamait que "chaque âge
est destiné à apprendre , les mêmes
bornes étant imposées à l'homme pour
la vie et pour l'apprentissage". Cette notion n'est donc pas
nouvelle, mais ce qui est nouveau, c'est la résolution avec
laquelle l'Unesco et de nombreuses organisations internationales (dont
l'OCDE) se sont attachées à en dégager
les implications pour la pratique de l'éducation.
Tout
ce qui se s’élaborait dans cette direction
commença dans le cadre de l'éducation
des adultes, même si celle-ci est restée
pendant longtemps au stade embryonnaire, contrairement aux
activités scolaires et universitaires, beaucoup plus
nombreuses et développées, mais aussi beaucoup
plus traditionnelles. Il n’est pas prétentieux de
dire que c’est parmi les responsables de
l’éducation des adultes et de ceux qui en ont
bénéficié que les insuffisances de
l’éducation institutionnalisée et
formelle ont été d'abord et surtout ressenties.
En effet, l’idée d’éducation
permanente est d’abord issue de la
critique des approches traditionnelles de la
pédagogie classique. C’est aussi dans les
expériences de l’éducation des
travailleurs ou des citoyens que les idées d’une
éducation s’étendant tout au
long de la vie, à tous les niveaux et pour tous, ont trouvé leur
origine.
L'Unesco
s'est insérée dans cette évolution.
Chemin faisant, la pratique éducative
générait des expériences et des
essais, quoique souvent ponctuels et de durée
limitée, qui avaient des appellations fort diverses:
éducation de base, alphabétisation des adultes,
éducation communautaire, formation des adultes,
activités non formelles ou extrascolaires,
éducation ouvrière ou populaire, recyclage
professionnel, éducation récurrente, etc. Peu
nombreuses et de qualité souvent médiocre,
doctrinaires ou populistes, sans l’appui d’une
politique éducative cohérente et globale, ces
activités étaient, sans doute, des faits
porteurs d’avenir, mais incapables
d’influencer rapidement la globalité de
l’entreprise éducative. Même
là où les activités
éducatives en dehors du système scolaire et
universitaire se répandaient (cas encore rarissimes
à la sortie de la seconde guerre mondiale), elles
étaient dues beaucoup moins aux initiatives des Etats
qu'à l'engagement de la société
civile, des ONG, du secteur privé, des mouvements
politiques et anti-colonialistes, des syndicats ouvriers et agricoles,
des organisations religieuses, du bénévolat et
des associations philanthropiques, car elles existaient et
s'affirmaient en marge du système
éducatif officiel et de la politique
éducative des Etats.
L'accession
à l'indépendance, dans la première
moitié des années 60, de nombreux pays
précédemment colonisés ou
dépendants, l'arrivée en grand nombre des pays en
développement dans l'arène internationale et la
reconnaissance du caractère mondial des problèmes
que posait leur développement, l'organisation aussi par
l'Unesco, en 1960-1962, de la première série des
conférences régionales des ministres de
l'éducation des pays d'Asie, d'Afrique et
d'Amérique latine ont marqué le début
d'une période qui a vu s'accroître de plus en plus
dans le monde l'intérêt porté
à la recherche de solutions susceptibles de
résoudre la question de l'analphabétisme. Cet
intérêt a été
favorisé par la reconnaissance, au cours de ces
mêmes années, du rôle important que
l'éducation pouvait jouer dans le développement
économique. Les questions d'éducation se sont
trouvées au cœur des débats sur la
problématique socio-économique et sociopolitique.
C'est à la même époque qu'a
commencé à s'affirmer le concept contemporain
d'éducation permanente, qui considère
l'enseignement de la lecture, de l'écriture et du calcul aux
enfants et aux adultes, quelles que soient les voies choisies
à cet effet, comme partie intégrante ou
étape nécessaire d'une éducation
continuée.
L’Année
internationale de l'éducation (1970) a suscité de
nombreux débats, notamment au sujet des
difficultés, des obstacles et des entraves
empêchant l’avènement de
l’éducation permanente, voire la
possibilité de réaliser des réformes
menant vers ce but, à un moment où le doute
était devenu général quant
à l'orientation prise par les politiques
éducatives. Malgré toutes ces controverses, le
bilan de l’Année – notamment concernant
l’éducation permanente - fut estimé
positif, reflété dans la déclaration
finale: "Par la seule vertu de
l’Année, émergea un principe
unificateur universellement accepté qui permit de rassembler
tous les aspects de l’éducation en une image
cohérente...L’Unesco avait proposé de
rechercher ce principe unificateur dans la notion de
l’éducation permanente".
Le
fait que l’éducation
permanente
et l’apprentissage tout au long de la vie
soient devenus des principes directeurs des
politiques éducatives, dans les pays qui sont
d’ores et déjà en mesure d’offrir à
leur population d’amples perspectives d'éducation
comme dans ceux qui en sont encore à livrer bataille pour
éliminer l’analphabétisme et scolariser
dans le primaire la
totalité de leurs enfants, témoigne
d’un engagement en
faveur de la démocratisation de
l’éducation, engagement qui n’a
d’autre limite que celle des ressources disponibles pour le
mettre en œuvre.
Bien que ces notions aient des racines
philosophiques anciennes et qu’on en trouve la trace, historiquement, dès les
premiers efforts tendant à promouvoir
l’instruction universelle,
elles n’auraient sans doute pas pris l’importance
qu’elles ont actuellement dans les politiques éducatives si
l’évolution récente du contexte politique, économique, social et culturel
n’avait été aussi favorable. Elles représentent
désormais, sur des
modes différents,
ce que les sociétés
actuelles attendent de l’éducation, et notamment la chance qui doit être offerte à chacun de réaliser
ses potentialités.
Durant
un certain nombre d'années, éducation des adultes
et éducation permanente ont été
utilisés comme synonymes. Cette dernière est
née d'un certain nombre de problèmes
posés par l'évolution des
sociétés contemporaines: la
nécessité de faire prévaloir la
formation sur l'information en raison de la multiplicité et
du changement des connaissances requises , le besoin de
rafraîchir périodiquement ou de remettre
à jour des connaissances passées,
désuètes ou périmées, le
souci d'ouvrir aux individus la possibilité d'une promotion
sociale et fonctionnelle ou d'une reconversion professionnelle
à tout moment de leur existence, l'amélioration
des communications interpersonnelles ou sociales, etc.
L'éducation permanente définie par ses objectifs
ne pouvait plus dès lors être
considérée comme intéressant un moment
de la vie, l'âge adulte, elle devenait une conception
nouvelle de l'ensemble du système éducatif dans
lequel viennent ou devraient de fondre non seulement
l'éducation des adultes, mais aussi la formation
professionnelle, l'enseignement technique, l'enseignement primaire,
l'enseignement secondaire.
De l'éducation de base (1950)
à l'éducation de base pour tous (1990)
Tombée
plus ou moins en désuétude de nos jours, du moins
dans la recherche et les débats internationaux
sur l’éducation, l’expression "enseignement fondamental"
(fundamental education)a connu une
certaine vogue au temps de la
rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Son inclusion dans cet
instrument visait spécifiquement à reconnaître le droit à
l’éducation aux adultes qui étaient
analphabètes ou n’avaient pu
bénéficier dans leur jeune âge
d’un enseignement élémentaire complet. L’expression fundamental education fut employée pour la première
fois par la communauté internationale lors des travaux de la Commission
préparatoire qui avait pour tâche
d’élaborer un
plan de travail à soumettre à la première session de la
Conférence générale de
l’UNESCO en 1946.
Certaines des propositions de cette Commission portaient sur
l’éducation de base (en anglais: fundamental education), présentée
comme l’un des grands domaines
d’intérêt de l’UNESCO. Julian Huxley,
secrétaire exécutif de cette Commission et premier Directeur
général de
l’UNESCO, s’en expliqua en ces termes: "Tant
que la moitié des habitants du monde seront
privés de cette liberté
élémentaire qui consiste à pouvoir
lire et écrire, nous n’avons pas pleinement
atteint l’idéal d’unité et de
justice universelle que les Nations Unies se sont engagées
à poursuivre".
Cetteidée
d'une éducation continue n’avait guère
cours dans les années 40. On voyait alors dans l’éducation de base (fundamental
education) une
sorte de formation minimale
ou basique
que chaque communauté
ou société se devait d’assurer
à chacun de ses membres; la question de l’accès ou de la préparation à une formation
complétant ce bagage minimum
était le plus souvent passée sous silence. Il faut souligner que ni la Déclaration
universelle des droits de
l’homme ni aucun des traités internationaux
adoptés par la suite qui touchent à
l’éducation ne
mentionnent expressément l’éducation
permanente ou
l’idée que l’individu doit pouvoir apprendre tout au long de la vie, pas plus qu’ils ne parlent d’éducation de base ou de besoins
d’apprentissage
fondamentaux.
D’un
point de vue opérationnel, sur le plan des moyens
et méthodes
de mise
en œuvre,
cet enseignement
fondamental — ou
éducation de base
— était généralement entendu comme
synonyme d’éducation
communautaire (notion
recouvrant les programmes
d’éducation des
adultes, comportant un enseignement agricole,
éducation sanitaire, etc.). De
là, on passa à la notion de centres d’éducation
communautaire combinant enseignement
primaire et alphabétisation des adultes, plus d’autres formes
d’éducation non formelle
pour adultes.
A l’époque, malgré
l’expérience déjà
accumulée par des pays comme le Brésil,
l’Inde ou le Mexique en matière
d’éducation communautaire, la
communauté internationale ne savait trop comment mettre en œuvre cette approche à une
échelle qui fût à la mesure des besoins
éducatifs devastes populations rurales
d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine n’ayant jamais eu le moindre
contact avec l’enseignement scolaire classique. Au niveau
local, cette approche
impliquait que les communautés fassent preuve d’un
certain degré d’initiative et de responsabilité et soient capables de
mobiliser les ressources matérielles et humaines
nécessaires à l’éducation,
que celle-ci soit dispensée de façon formelle
dans les écoles primaires ou non formelle dans le cadre
de programmes de type vulgarisation agricole ou éducation
sanitaire.
Entre
1948 et 1958, des programmes d'action communautaire et
d'éducation polyvalente ont été
lancés, impliquant des équipes
éducatives pluridisciplinaires auxquelles participaient,
à côté des enseignants, des membres de
la communauté, des parents et différents
spécialistes du développement. Après
un temps d'arrêt en 1958, l'expérience a
été reprise en 1971-1972, à
l'initiative de la Commission internationale sur le
développement de l'éducation (Commission Edgar
Faure) qui a réintroduit la notion d'éducation
de base.
Bien
que la Conférence générale de UNESCO
ait décidé, en 1958, de supprimer l'utilisation
de cette expression, elle n'en a pas moins continué
à être employée, certains l'appliquant
à l'enseignement primaire ou à la
scolarité obligatoire, d'autres la réservant de
manière plus restrictive à l'éducation
des adultes, plus rarement aux deux systèmes.
L'ambiguïté demeure. Il n'en reste pas moins que la
notion d'éducation de base a continué
à être l'objet de connotations et d'applications
diverses, voire divergentes, selon les contextes et qu'il a
été nécessaire de la clarifier. Il
faut signaler, que dès les années 30, toute une
série d'expériences qui se sont
inspirées des missions culturelles des jésuites
au Paraguay et au Mexique en vue de promouvoir une éducation
de base polyvalente.
Malgré
certaines hésitations quant au sens exact qu’il convenait
de donner à cette expression, dans la mesure en particulier
où elle ne correspondait à aucun des termes
alors en usage dans la plupart des pays
pour désigner tel ou tel niveau ou composante de leurs
systèmes éducatifs, il fut
généralement admis qu’il fallait
entendre par là un enseignement assurant la
maîtrise de la lecture et de l’écriture
ainsi que l’acquisition
des autres compétences, connaissances et valeurs
essentielles indispensables à une pleine participation
à la vie sociale. On
la préféra à d’autres
formulations
voisines qui avaient alors cours, telles
qu’enseignement de masse,
éducation populaire
(expression qui figure dans
l’Acte constitutif
de l’UNESCO) ou basic
education.
L’expression
"enseignement de masse"
fut expressément bannie parce "qu'elle évoquait de
manière fâcheuse certaines méthodes éducatives
qui ne tiennent pas compte suffisamment des particularités
individuelles ".
La
notion d’éducation
de base
(fundamental education) qu’onavait
alors à l’esprit n’était
guère éloignée, du moins quant
à son contenu, de l’éducation
de base (basic education)
telle
qu’on la concevra un demi-siècle plus tard,
la différence principale étant qu’hier
on mettait l’accent
sur les besoins et les
problèmes les plus pressants de la collectivité, alors qu’aujourd’hui on insiste sur la préparation à
l’apprentissage
tout au long de la vie des individus.
Au
plan international,
la première initiative
dans ce sens fut un rapport soumis en 1973 à l’UNICEF
par une organisation
non gouvernementale, le
Conseil international
pour le développement de l’éducation
(ICED), qui avait été chargé
de réaliser une
étude sur l’éducation
périscolaire destinée aux enfants, aux
adolescents et aux jeunes non scolarisés des
régions rurales des pays en développement. L’ICED
forgea
le concept de
besoins minimaux essentiels concernant l’acquisition de
connaissances, lequel, à ses yeux, conférait
un sens pratique
au droit
de l’enfant à
l’éducation.
Ce droit, selon l’ICED,
devait se concevoir en fonction d’un certain "bagage minimal (minimum
package) d’attitudes
, de compétences
et de connaissance dont tous les jeunes
doivent être munis pour vivre de façon efficace et
satisfaisante leur vie d’adultes dans une
société donnée. Une
analogie fut établie avec les besoins nutritionnels
minimaux. L’idée de minimum prêtait cependant à controverse, dans la
mesure où elle semblait impliquer
une limitation du droit à l’éducation.
Le
double concept d’enseignement
élémentaire et fondamental
s’est
vu supplanté par la notion d’éducation
de base revivifiée,
en même temps que
l’accent se déplaçait de l’enseignement
versl’apprentissage,
c’est-à-dire en quelque sorte de l’offre
(ce que la société a le devoir de fournir: un enseignement
gratuit et obligatoire
et répondant à certains objectifs) vers la demande (ce que chaque membre de la société est
réputé vouloir).
Cette évolution amena
la communauté internationale, au cours des années
70 et 80, à
préférer
l’expression moins restrictive de besoins éducatifs fondamentaux, qui évoquait
l’idée de fondation ou
d’assise, plutôt que de minimum. C’est
cette expression
qu’adopta finalement la Conférence mondiale sur
l’éducation pour tous, en 1990, en même
temps que son
corrélat l’éducation
de base (basic
éducation)
dite éducation
fondamentale, c’est-à-dire
éducation destinée à répondre aux besoins éducatifs fondamentaux.
Ainsi,
l’idée que la plupart des pays se faisaient de l’instruction
élémentaire
dans
les années précédant l’adoption
de la Déclaration universelle des droits de l’homme - celle d’un enseignement
complet en soi, dispensé à des enfants qui dans
leur grande majorité commenceraient
à travailler jeunes, tandis qu’une
minorité seulement se préparerait à
poursuivre des études
secondaires puis supérieures - a fait place à
cette autre idée que l’enseignement
élémentaire (ou l’éducation de base) est simplement la première
étape d’un processus continu qui peut et qui
devrait, pour chacun, s’étendre sur la vie
entière.
Dès
sa fondation en 1946, l'Unesco, avec la promotion de
l'éducation de base, marquait son
intérêt pour l'alphabétisation, et un
plan de campagne fut mis au point en 1947 en vue de combattre
l'ignorance et l'analphabétisme dans le monde entier.
Cependant, l'idée persistait que l'analphabétisme
n'était pas un mal qu'on puisse "guérir
à part". La définition de
l'éducation de base donnée en 1950 ne mentionnait
pas expressément l'alphabétisation. Ce n'est
qu'à la IIème Conférence internationale de l'éducation des
adultes de Montréal (1960), que se dessina une nouvelle
tendance, préconisant l'organisation d'une vaste campagne
qui, avec le soutien des pays industrialisés, devait
permettre d'éliminer l'analphabétisme en quelques
années.
Nombre
de pays allaient dans les années 60 intensifier leurs
actions d’alphabétisation. A
l’époque, la compréhension internationale
des divers
facteurs à prendre en considération pour mettre au
point une approche efficace
de l’alphabétisation était
encore limitée. Quelques pays (en particulier le Mexique
et l’ex-URSS) avaient entrepris avant la seconde
guerre mondiale de vastes campagnes d’alphabétisation,
et des campagnes d’éducation communautaire
avaient été menées après la
guerre dans un certain
nombre de territoires coloniaux,
mais en dehors de ces exemples il n’existait tout simplement
pas, au niveau international,
un fonds suffisant
de données d’expérience
dont on pût s’inspirer.
Sur
le plan international, deux points de vue s’affrontaient
quant à la stratégie à suivre.
L’un, fondé essentiellement sur
l'expérience de l’Union soviétique
d’avant guerre qui privilégiait la
méthode de la campagne nationale d’alphabétisation. Mais la grande
diversité des conditions politiques, économiques,
sociales et culturelles propres à chaque pays rendait ce
type d’approche difficilement reproductible. Par ailleurs,
ses détracteurs lui reprochaient de n’avoir trop
souvent pour résultat qu’une
alphabétisation superficielle qui était de peu
d’utilité pour le développement
général de la société.
Partir en guerre contre l’analphabétisme,
disaient-ils, ne dispense pas d’élaborer une bonne
méthodologie, fondée sur une
compréhension approfondie des facteurs qui incitent les
analphabètes à faire l’effort
d’apprendre à lire et à
écrire. C’est ainsi que naquit au milieu des
années 60 l’idée d’une méthode
sélective, étroitement liée
à la notion d’alphabétisation
fonctionnelle. On ne rend pas les gens
alphabètes, affirmaient les tenants de cette
méthode, ils s’alphabétisent eux-
mêmes lorsqu’ils sont dûment
motivés et stimulés. Autrement dit, ils
apprennent lorsque l’alphabétisation
répond à leurs besoins
d’apprentissage, encore que cette terminologie ne
fût pas courante à l’époque.
En outre, faisaient valoir les partisans de la
sélectivité, plutôt que de mener une
campagne de masse à l’échelle
nationale, mieux valait opter pour une action intensive
ciblée sur des groupes organisés de la
société qui témoignaient
d’une motivation particulièrement forte et
offraient la possibilité d’utiliser
l’éducation pour élever le niveau de
vie et accélérer le développement. On
en déduisit qu’il fallait intégrer
étroitement les programmes
d’alphabétisation aux programmes de
développement socioéconomique et que
l’enseignement de la lecture et de
l’écriture devait aller de pair avec une
information appropriée et une formation adaptée
à la situation socioéconomique (notamment
professionnelle) des apprenants dans le contexte plus large du
développement. On parla alors, pour décrire une
des variétés de cette approche, d’alphabétisation
des adultes à orientation professionnelle.
Parmi
les modalités novatrices pour répondre aux
besoins des apprenants tout en développant leurs
motivations, il convient de mentionner: l’importance
donnée aux aspects linguistiques, l’autonomisation
et la participation de la communauté, la prise en compte des
femmes et de la famille, les connexions multisectorielles notamment
avec les programmes d’éducation sanitaire et de
vulgarisation agricole, la post alphabétisation,
l'intégration de l'alphabétisation à
des activités productrices telles projets
générateurs de revenus, la technologie,
l’enseignement à distance, l'utilisation des media
et du multimédia, etc.
Le
début des années 90 a vu naître la
tendance à centrer
l’éducation en général et
l’éducation des adultes en
particulier sur l’apprenant, notamment
dans certains pays de l’OCDE. Par ailleurs, la conscientisation, à
laquelle le pédagogue Paulo Freire a attaché son
nom, est l’un des mots clés qui servent de plus en
plus de référence dans de nombreux pays. Ainsi,
l’accent a été
déplacé de l’enseignant à
l’enseigné. Il ne s’agissait plus de la
transmission d’un savoir, mais de l’acquisition des
moyens par lesquels un individu peut constituer son propre savoir,
amenant les analphabètes à une participation
active à l’acquisition du savoir .
L’incertitude
planait cependant sur un point capital: était-il plus
facile d’apprendre à lire et à
écrire dans certaines langues que dans d’autres? Pour jeter quelque lumière sur cette question,
l’UNESCO avait inclus dans son
programme relatif à l’éducation de base, entre autres activités, la
réalisation d’une étude internationale
sur l’enseignement de la lecture et de
l’écriture dont les conclusions allaient
influer fortement par la suite sur
l’action internationale
visant à promouvoir l’alphabétisation. Ce fut le cas en particulier
des deux conclusions suivantes:
(1) les attitudes et les
mécanismes
fondamentaux qu’implique la lecture sont les mêmes dans toutes les langues, et
(2) le seul critère valable
de l’alphabétisation est un critère
fonctionnel: est fonctionnellement alphabète
"toute personne ayant acquis, en matière de lecture et
d’écriture, des connaissances
théoriques et pratiques lui permettant de prendre part de
façon efficace
à toutes les activités que les alphabètes sont normalement
censés exercer au
sein du groupe culturel ou de la collectivité".
L’accent
mis, dans l’étude, sur la lecture et
l’écriture dans la langue maternelle a
amené cependant à négliger un aspect
majeur dont l’importance n’apparaissait pas
pleinement à l’époque:
l’alphabétisation dans une deuxième
langue. On s’est rendu compte depuis lors qu’il
s’agissait là d’un enjeu crucial dans
une bonne partie de l’Afrique et de nombreuses
régions d’Amérique latine et
d’Asie où, en l’absence de
matériels didactiques suffisants dans la langue maternelle,
apprendre à lire et à écrire dans une
deuxième langue est souvent la seule forme
d’alphabétisation à laquelle les
apprenants puissent réalistement aspirer.
Autre
constatation d'importance : dans les pays industrialisés,
une personne sachant lire et écrire pouvait être
répertoriée dans la catégorie des
analphabètes fonctionnels, du fait qu'elle ne disposait pas
d'une maîtrise suffisante des instruments que sont
lé lecture et l'écriture ainsi que certaines
opérations nécessaires à la vie
quotidienne, pour faire face aux exigences de son milieu de vie. C'est
ainsi que, dans les années 80, ces pays
industrialisés ont découvert avec consternation
qu'ils étaient, eux aussi, confrontés
à un analphabétisme d'un genre particulier,
baptisé "illettrisme". Il s'agit d'adultes actifs qui
éprouvent d'importantes difficultés à
lire et comprendre des textes simples de la vie de tous les jours. Ces
personnes en situation d'illettrisme ont oublié ou mal
acquis les compétences apprises à
l'école. Elles rencontrent des difficultés dans
des actions quotidiennes de
la vie professionnelle, sociale, familiale qui peuvent poser
problème et qui nécessitent le recours à
l'écrit: consulter un horaire de bus ou de train, lire les communications
envoyées par l'école de ses enfants, s'orienter
dans une ville, remplir un formulaire, etc.
Les société modernes actuelles renforcent par
leurs nouvelles exigences (niveau de qualification, conditions
d'accès à l'emploi, nouvelles technologies) ces
difficultés qui deviennent souvent facteur d'exclusion.
Parmi
les approches nouvelles, aucune ne s’impose davantage que
celle de la technologie, de plus en plus présente dans
l’enseignement scolaire formel, mais
n’exerçant qu’une influence
négligeable dans l’éducation des
adultes dans la plupart des pays. À vrai dire, dans les pays
en développement, ce sont les limitations en
matière de ressources financières et humaines qui
entravent la mise en œuvre de la technologie.
Autre
réalisation à mettre à l'actif de
l'Unesco dans sa lutte contre l'analphabétisme: la mise en
place de la post alphabétisation. D'abord conçue
comme un complément et une étape de consolidation
de l'alphabétisation et en tant que prévention
contre le retour à l'analphabétisme, la post
alphabétisation a été ressentie comme
une nécessité, dès les
débuts du Programme expérimental mondial
d'alphabétisation, l'intérêt s'en
étant trouvé renforcé par une
constatation commune à toutes les expériences
nationales, à savoir la fragilité des
résultats de l'alphabétisation des adultes. Cette
conception restrictive a évolué dès
que l'alphabétisation elle-même a
été considérée sous l'angle
de la continuité, en tant que composante d'un processus
d'éducation continue qui débute avant que
l'alphabétisation ne soit obtenue et qui continue lorsque
les techniques d'alphabétisation ont
été acquises. Cette conception élargie
de la post alphabétisation renforce la
possibilité pour le néo-alphabète
d'entamer un processus permanent d'auto éducation et
d'accéder non seulement à des informations et
à des réflexions, mais aussi à des
décisions et à des responsabilités
effectives concernant son propre sort que le devenir de la
communauté.
La
création et l'entretien d'un environnement
économique, social et culturel favorable à
l'écrit où le nouveau
alphabétisé aura l'occasion fréquente
de lire, d'écrire et d'utiliser ses connaissances est un
élément important de la post
alphabétisation. L'un des moyens pour favoriser cet
environnement alphabète a sans aucun doute
été la presse rurale, notamment celle qui utilise
comme media la langue maternelle, celle parlée
quotidiennement par les apprenants. Tout comme les
bibliothèques (rurales) et les clubs (ou cercles) de lecture
ont joué un rôle de premier plan dans
l'accroissement du volume des communications écrites,
d'autres activités diversifiées ont
contribué à prolonger
d'alphabétisation et à renforcer l'acquisition de
nouveaux savoirs: la radio rurale (et ses clubs d'écoute),
la télévision éducative extrascolaire,
les matériels de lecture complémentaires, les
cours par correspondance, les matériels d'auto
apprentissage, etc..
En
ce qui concerne le problème de l'élimination de
l'analphabétisme, la première moitié
des années soixante s'est achevée par la
formulation du concept et de la stratégie de
l'alphabétisation fonctionnelle recommandés par
le Congrès mondial des ministres de l'éducation,
convoqué par l'Unesco à
Téhéran en 1965. Initialement, la
fonctionnalité était vue comme un moyen de lier
l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, ainsi que
son contenu, à la préparation au travail et
à la formation professionnelle, et aussi comme un moyen
d'accroître la productivité du travail de
l'individu. Ainsi était-elle définie par le
congrès de Téhéran. Cependant, cette
approche exclusivement économique fut bientôt
critiquée comme unilatérale. Le
Directeur général lui-même mettait en garde
contre une
conception trop
étroite et trop
strictement économique
de la
fonctionnalité, "il ne s'agit
pas, bien
sûr, de discréditer
l'alphabétisation économiquement fonctionnelle, en général,
mais de
contester une fonctionnalité étroitement centrée sur
la productivité". Intervenant
à la clôture de la Conférence
internationale sur l'éducation des adultes de Tokyo, Mr
René Maheu décrivait l'Unesco, dont il
était alors le Directeur général,
comme "une organisation essentiellement humaniste pour qui
l'homme est un tout, un être pluridimensionnel qui ne saurait
en aucune manière se satisfaire d'une
fonctionnalité limitée". De son
côté, la Conférence soulignait, la
nécessité d'un lien entre
l'alphabétisation et le développement politique,
économique et culturel. La conception
utilitaire initiale de la fonctionnalité allait être bientôt abandonnée et,
dès lors, l'alphabétisation fonctionnelle allait
être considérée dans ses liens avec les
aspects économiques mais encore avec les aspects sociaux,
politico-civiques et culturels du développement, avec les
intérêts également et les
préoccupations propres aux individus et aux populations. -
l'accent étant mis plus ou moins sur les uns ou les autres
selon les conditions réelles de leur vie (bien qu'en
pratique l'insistance sur l'aspect économique ait
conservé souvent sa prédominance).
Aujourd’hui,
on a partout accepté cette notion de
fonctionnalité qui est dorénavant commune aux
programmes de masses comme aux projets sélectifs. Cependant,
son sens a sensiblement évolué: alors
qu’il y a 10 ans la fonctionnalité signifiait le
développement de l’efficacité et de la
productivité du travail, elle est dorénavant
orientée vers le développement de la
personnalité de l’individu, vers la satisfaction
de ses besoins, de ses intérêts, la
productivité n’étant plus
considérée que comme un aspect de cet ensemble.
L'élaboration de programmes
d’alphabétisation conçus dans la
perspective de l’alphabétisation
fonctionnelle, a amené aussi à
s’interroger sur l’utilité de continuer
à se référer à ce qui
était alors la définition internationale standard
de l’alphabète, à
savoir, une personne "capable de lire et écrire, en
le comprenant, un exposé simple et bref de faits en rapport
avec sa vie quotidienne".
L'orientation
de l'alphabétisation fonctionnelle , son projet de
d'engendrer une attitude active à l'égard de
l'environnement en vue de le transformer, de développer
certains mécanismes mentaux (dont la résolution
de problèmes), s'insèrent dans cette conception
de l'éducation permanente.
Durant
la période qui va de la fin des années 40 au début des années
60, les préoccupations de la
communauté internationale
en matière d’enseignement fondamental ont plus particulièrement porté sur
l’élimination de
l’analphabétisme en même temps que le besoin d’élargir l’accès à
l’enseignement élémentaire se faisait
de plus en plus pressant, en particulier dans les pays en
développement nouvellement indépendants. Dans les années 50 et 60, la plupart des pays en
développement d’Afrique
et d’Asie étaient
beaucoup plus enclins que les anciennes administrations
coloniales à donner à
l’éducation une priorité
plus élevée dans la répartition des
ressources nationales. Ces années furent donc
marquées dans ces pays par une explosion sans
précédent des effectifs
de l’enseignement primaire.
De
1950 à 1970 (à peine l’espace
d’une génération),
ces effectifs
allaient pratiquement quadrupler
en Afrique et tripler dans les régions Asie
/Océanie
et Amérique latine/Caraïbes.Une préoccupation
plus immédiate était celle de
l’égalité des chances.
L’expansion considérable de l’accès à
l’éducation amorcée dans les
années 50 et 60 s’accompagnait partout de revendications,
de la part de divers groupes
sociaux, en faveur de l’égalité de traitement et de la non-discrimination dans
l’enseignement. Le modèle de
l’école primaire finit par être remis en
question. Malgré une planification inspirée des
meilleures intentions, la progression des effectifs scolaires
enregistrée dans les années 50 et 60
n’allait pas sans
poser des problèmes. Il
y avait pénurie généralisée
d’enseignants qualifiés, sans parler du manque de manuels et d’autres
matériels pédagogiques.
Dans bien des pays, la qualité de l’enseignement était un sujet
d’inquiétude. Face à la demande sociale d’accès élargi à l’éducation,
la tentation était grande
de se borner à mettre en place une éducation de pure forme,
c’est-à-dire d’offrir des places dans des écoles, sans se
préoccuper suffisamment
du fond, ce qui se traduisait
par des acquisitions médiocres et ne faisait qu’augmenter le taux
d’abandon scolaire.
Durant
la dernière décennie du XXème siècle, les effectifs de l'enseignement primaire ont encore
augmenté de façon significative, des efforts
sérieux ayant été entrepris par de
nombreux pays pour progresser, souvent en dépit de graves
difficultés économiques et d'un accroissement
démographique qui ne fléchissait pas. Les taux de
redoublement et d'abandon avaient diminué. Dans les
écoles primaires, l'égalité entre les
sexes a eu tendance à s'améliorer dans de
nombreuses régions, à l'exception notable de
l'Afrique subsaharienne. L'éducation non formelle et la
formation qualifiante se sont progressivement
développées.
Au
cours de la dernière décennie, les effectifs
scolaires ont progressé de 10 millions par an en moyenne,
soit le double de la progression constatée pour les
années 80 et le taux net de scolarisation est
passé de 80 à 84%. Le nombre d'adultes
analphabètes a diminué de 23 millions, cette
baisse ayant davantage touché les femmes et le taux global
d'analphabétisme des adultes est passé de 25
à 21%. Il n'y a pourtant pas de quoi crier victoire. Si ces
nouvelles données montrent une planète plus
alphabétisée, elles illustrent aussi l'excessive
lenteur des changements: 1 adulte sur 5 est toujours
analphabète et 113 millions d'enfants (dont 60% sont des
filles) ne sont toujours pas scolarisés, 97% vivant dans les
régions du monde les moins développées.
Ces
résultats quantitatifs ne disent cependant rien de la
situation de millions de personnes qui demeurent exclues de
l'éducation ou de la jeunesse aliénée
qui peine à trouver sa place et à rester
attachée à ses valeurs dans des
sociétés en mutation. Bien
des pays,
particulièrement en Afrique, commençaient
à se heurter au
à ce problème des
jeunes sortant de l’école primaire,
ayant achevé leurs études primaires et affluant
vers les zones urbaines en quête d’emplois
inexistants, et à
qui leurs études n’avaient pas permis d’acquérir des aptitudes qui leur auraient
été utiles ailleurs. Si dramatiques
qu’elles soient, les statistiques internationales pour
l’an 2000 ne traduisent pas complètement les
problèmes endémiques associés
à l’alphabétisation des adultes comme
à l'enseignement primaire. Comme dans l’ensemble
du domaine de l’éducation, le problème
central est celui de la qualité de
l’éducation dispensée à
l’individu qu’est
l’adulte ou à l'enfant qui apprend. La course aux
chiffres a fait perdre de vue la qualité, en
réduisant la notion d'universalité à
celle d'accès, l'apprentissage au rendement scolaire et la
vision élargie à l'augmentation des
années de scolarisation. Par ailleurs, l'éducation
des filles demeure un défi majeur, les progrès
ayant été lents malgré l'attention
internationale portée à ce problème.
Il
faut toutefois reconnaître que les nombreux facteurs qui
influent sur la demande d'éducation sont maintenant mieux
compris, de même que les causes multiples qui tiennent les
enfants, les jeunes et les adultes à l'écart des
possibilités d'apprentissage. On s'est beaucoup
intéressé aux diverses mesures
nécessaires pour accroître les taux d'inscription
et de rétention des filles dans les
établissements scolaires. Désormais, on comprend
mieux ce qui fait l'efficacité des enseignants et autres
éducateurs, le rôle essentiel de
matériels didactiques appropriés, la
nécessité d'allier selon le contexte les
technologies "anciennes" et "nouvelles",
l'importance des langues locales pour la première
alphabétisation, et l'influence décisive de la
communauté sur la vie des écoles et sur les
autres programmes d'éducation. Cependant, nombre de
gouvernements et d'organismes ont concentré leurs efforts
sur ceux qu'il était facile d'atteindre et ont
négligé ceux qui étaient exclus de
l'éducation de base pour des raisons sociales,
économiques ou géographiques. Ce qui est clair,
c'est que le développement de l'accès
à l'éducation ne doit pas se faire aux
dépens de la qualité, et
l'amélioration de celle-ci ne doit pas profiter aux riches
aux dépens des pauvres.
Les
trois Conférences mondiales sur l'éducation des
adultes - Elseneur, Montréal Tokyo - ont
révélé, une évolution
certaine, ainsi qu’un intérêt
grandissant pour l'éducation des adultes au niveau mondial
et régional, notamment de la part de l'Unesco, de l'OIT, du
Conseil d'Europe, de l’OCDE, et d’autres
institutions spécialisées. Il faut se rendre
compte que le développement des programmes visant
l'émancipation et l'éducation des adultes a
été bien lent et sinueux, mais une
évidence socio-économique et socioculturelle
sautait aux yeux: les exigences du XXème siècle ont fait que des centaines de millions d'adultes
avaient besoin d'éducation pour pouvoir faire face
à leurs propres besoins existentiels et aux besoins de leurs
communautés. D'autre part, une des ironies de l'explosion du
savoir est qu'elle rend les apprentissages fondamentaux plus
indispensables que jamais.
Néanmoins,
le conservatisme sous-jacent, les hésitations dans les
milieux décideurs, le traditionalisme de la
pédagogie, les tâtonnements de
l’andragogie, l’absence
d’expériences concluantes - tous ces facteurs et
d’autres encore - se reflétaient, au niveau
national comme au niveau intergouvernemental, par les faiblesses dans
la substance éducative et son organisation, par le manque
d’initiatives originales, locales ou de plus grande
envergure, ainsi que par la pénurie des moyens
alloués à tout ce qui touchait à
l’extrascolaire et à
l’éducation des adultes. Sauf pour quelques pays
exemplaires, pendant longtemps les ressources
réservées à "l'extrascolaire"
dans les dépenses publiques consacrées
à l'éducation étaient
dérisoires, voire inexistantes.
La
Ière Conférence
internationale sur l'éducation des adultes,
patronnée par l'Unesco, qui s'est tenue, en 1949,
à Elseneur (Danemark) avec29 pays, était
dominée par les pays occidentaux. De ce fait, elle fut
essentiellement centré sur les préoccupations des
pays industrialisés. Envisageant une conception
étroite de l'éducation des adultes, elle
soulignait par ailleurs le rôle des organisation
bénévoles, par opposition à celui des
ONG.
C'est
sous l’impulsion, en partie, de la deuxième
Conférence mondiale sur l’éducation des
adultes qui avait notamment recommandé aux gouvernements de "considérer
l’éducation des adultes, non comme un appendice, mais comme une partie
intégrante de leurs systèmes nationaux
d’éducation", la Conférence
générale de l’UNESCO, deux ans plus tard, fit
un pas de plus, en invitant les
États membres "à
considérer comme partie intégrante de tout
système éducatif les diverses formes d’éducation
extrascolaire et d’éducation des adultes, afin que soient proposés, tout au cours de leur vie, à tous hommes et à toutes femmes,
des moyens de culture rendant possible aussi bien la promotion personnelle que leur participation active à la
vie civique ainsi qu’au
développement social et économique du pays".
C''est
le grand mérite de cette Conférence, tenue
à Montréal en 1960 (51 pays), sur le
thème de 'l'éducation dans un monde en
transformation", d'avoir souligné, pour la
première fois au cours d'une réunion
internationale, l'intérêt de
l'éducation permanente, même si ce
n'était pas de façon explicite, proclamant
notamment que "l'éducation
des adultes devra être reconnue par tous les peuples comme un
élément normal et par tous les gouvernements
comme un élément nécessaire du
système d'enseignement de n'importe quel pays".
En réalité, le concept d'éducation
permanente a commencé à recevoir un contenu
spécifique dés la fin des années 60,
en même temps que l'éducation des adultes se
transformait de façon à mieux cadrer avec
l'acception nouvelle de l'éducation permanente.
Pendant
les douze années qui ont suivi Montréal,
l'éducation des adultes, qui avait perdu son
caractère marginal, avait fait des progrès
notables dans tous les pays du monde, mettant en valeur sa contribution
au développement économique et à la
planification de l'environnement. Cependant , peu de gouvernements
étaient disposés à la
considérer comme partie intégrante de leur
système éducatif et les concours financiers
restaient toujours aussi modestes.
C'est
pour tenir compte de la convergence des divers courants de
l'éducation que l'Unesco a choisi pour thème de
la IIIème conférence
mondiale sur l'éducation des adultes (Tokyo, 1972) "l'éducation
des adultes dans le contexte de l'éducation permanente".
Cette Conférence, qui réunissait 350
délégués (dont seulement 20 femmes !)
représentant 92 Etats et 37 ONG, soulignait qu'il n'existe
pas de coupure entre l'éducation des adultes et celles des
jeunes, deux "éléments
complémentaires et irremplaçables de
l'éducation permanente". Survenant peu
après la parution du rapport de la commission Edgar Faure,
elle fit
expressément référence
à la Déclaration universelle des droits de l’homme
lorsqu’elle proclama sa conviction que "le droit
de l’individu … à
l’éducation, [son] droit d’apprendre et de continuer à apprendre, est
à considérer au
même titre que [ses] autres droits fondamentaux, tels le droit à la santé et
à l’hygiène, le droit à la
sécurité,
le droit à toutes les formes
de libertés publiques, etc.", ajoutant que l'objectif
de l'éducation des adultes ne devait pas être de
compenser une éducation initiale défectueuse,
mais de soutenir la capacité d'apprendre des adultes de tout
âge. La Recommandation finale insistait sur le fait que "l'éducation
des adultes ne devait toutefois pas être
considérée en elle-même" ,
s'agissant "d'un sous ensemble intégré
dans un projet global d'éducation permanente". Les
objectifs de cette dernière ne pouvaient être
atteints que si l'éducation est adapté aux
besoins de chaque individu et si tous, jeunes et adultes, apprennent
à concevoir l'éducation comme un
processus continu.
A
la fin des années 80, la
IVème Conférence internationale
sur l’éducation des adultes (Paris, 1985),
proclamait le "droit d’apprendre" distinct
du droit
à l’éducation, même
si elle le présentait comme synonyme du "droit de l’individu
à l’éducation" et non
comme un droit additionnel distinct. L’équilibre
allait toutefois être rétabli
par la Vème Conférence
internationale sur l’éducation des adultes (Hambourg, 1997, 129 pays
représentés), qui a
déclaré qu'il était "plus que jamais nécessaire de
reconnaître
le droit
à l’éducation et le droit d’apprendre tout au long de la vie". Cette Conférence a mis l’accent sur cinq constats
essentiels:
Le premier est conceptuel - l’éducation des
adultes devient un droit, mais
aussi un devoir et une
responsabilité à
l’égard à la fois des autres et de la
société toute entière,
étant à la fois la
conséquence d’une citoyenneté
active et la condition d’une pleine et entière participation à
la vie de la société ainsi qu'une
clé pour le XXIème siècle.
Le deuxième est prospectif –
l’éducation des adultes et celle des enfants et
des adolescents sont l’une et
l’autre des éléments
indispensables d’une conception nouvelle de
l’éducation, selon laquelle celle-ci est
censée s’étendre
véritablement à la vie entière.
Ensuite, en troisième, vient le défi de
l’alphabétisation, conçue dans une
acception large sous forme de l’acquisition des connaissances
et compétences dont chacun a besoin, ayant la
possibilité d’acquérir une éducation de base, d’entretenir
cet acquis et de créer partout un
environnement de l’écrit à l’appui de l’oralité.
Le quatrième indique les priorités: offrir la
possibilité d’apprendre à tous, y compris aux laissés-pour-compte et aux exclus,
et notamment aux femmes.
Le cinquième est structurel – visant l’élargissement des forces en
jeu, un partenariat entre les pouvoirs publics dans
différents secteurs, les OIG et les ONG, les employeurs et
les syndicats, les universités et les centres de recherche,
les médias, les associations et les mouvements
communautaires, les facilitateurs de l’éducation
des adultes et les apprenants eux-mêmes. Tout cela en vue de
faire en sorte que "l’éducation
tout au long de la vie devienne une réalité
d’un plus grand poids au début du XXIème siècle".
Le Programme Expérimental Mondial
d'Alphabétisation (PEMA)
Durant
toute la décennie des années 60, la conjoncture
était propice au lancement d’idées
nouvelles, car de nombreux objectifs internationaux définis
antérieurement apparaissaient comme
dépassés et avaient besoin
d’être repensés. Ajoutons à
cela une dimension importante, souvent négligée:
l’analphabétisme était ainsi
considéré comme un fléau
lié à la pauvreté, au
sous-développement, affectant des centaines de millions
d’hommes et femmes défavorisés,
marginalisés, restés en marge des bienfaits du
progrès de la technologie et le la médecine et
qui ont su ou n’ont pas pu profiter des reformes agraires (les
déshérités de l’histoire et
de la géographie), auxquels les efforts
d’alphabétisation étaient
prioritairement destinés. Une partie non
négligeable de cette population, se trouvait dans les
mégalopoles et les zones suburbaines
défavorisées, travaillant dans les grandes
entreprises et exploitations agricoles. C’est à
eux que les efforts d’alphabétisation devaient
être prioritairement adressés.
Ces
idées occupèrent le devant de la scène
internationale
lors du
Congrès mondial des
ministres de
l’éducation sur l’élimination de
l’analphabétisme qui se tint à
Téhéran (Iran) en septembre 1965, et furent
à la base de ce
qui deviendrait le plus grand programme de
lutte contre l’analphabétisme des adultes jamais mis en œuvre sous des auspices internationaux: le Programme
expérimental mondial d’alphabétisation (PEMA), lancé en 1966 par
l’UNESCO et le Programme des
Nations Unies pour le développement (PNUD).
Ce
programme devait marquer un tournant
dans la coopération
internationale
pour l’élimination de
l’analphabétisme, constitué
d’un certain nombre de projets pilotes
nationaux ayant pour objet de tester la "méthode sélective" centrée
sur l’alphabétisation fonctionnelle (à "orientation
professionnelle, notamment) et de faire l’essai et
apporter la preuve des
"avantages qu’offre
l’alphabétisation du point de vue économique et social".
Les années 60 étaient celles de la première
"Décennie des Nations Unies pour le développement" et le PEMA incarnait le rôle nouveau que
la communauté internationale reconnaissait à
l’éducation dans le développement.
A
l'époque, l'Unesco s'était refusée
à suivre aveuglement des expériences
antérieures, même celles jugées
positives et efficaces dans d'autres contextes et d’autres
périodes. Elle a jugé inopportun d'imiter les
stratégies, contenus ou méthodes
utilisés ailleurs dans les programmes et campagnes
nationales d'alphabétisation, la majorité n'ayant
été ni réussies ni convaincantes. Pour
ce Programme, exécuté
entre 1967
et 1973,
les organisations du système
des Nations
Unies ont
coopéré avec une
vingtaine d'Etats
membres àla mise au
point de
stratégies et de
méthodes nouvelles d'alphabétisation.
Outre l'Unesco, le PNUD
a fourni
la plus
grande partie
des ressources
financières
extérieures;la FAO, le
BIT, l'Unicef
y ont été
aussi associés. La FA0 a
été l'agence d'exécution
pour deux
des projets
et des experts d'autres agences
ont coopéréàla mise en
oeuvre de
projets
dont l'Unesco a
été l'agence responsable.
Le
PEMA a
comporté cinq catégories
d'activités. "Les trois premières
consistèrent en projets
autonomes et
diversifiés portant sur
une ou plusieurs
expériences dont
la durée
variait entre quatre et
cinq années.
Neuf de
ces projets furent
réalisés
avec l'aide
du PNUD.
Quatre furent
entrepris en
1967 (en Algérie,
en Equateur,
en Iran
et au
Mali), quatre en 1968
(en Ethiopie,
en Guinée, àMadagascar
et en République-Unie
de Tanzanie) et un en
1969 (au Soudan). Par ailleurs, un
projet a
été lancé en
1971 (en
Zambie) grâceàune
assistance internationale financée sur
fonds de
dépôt. Un seul
projet, amorcé
en 1968 (au Venezuela)
a fait
l'objet d'un
financement national.
Dans les
deux dernières catégories d'activités figuraient des
projets pilotes oùl'alphabétisation fonctionnelle constituait une
composante organiquement
et administrativement intégrée àun projet de développement
relevant d'une institution autre que le projet
d'alphabétisation en
soi. C'est
ainsi que
deux projets
furent mis en oeuvre
en 1970
avec l'assistance
du PNUD, en
coopération avec la FAO(en
Inde et en République arabe syrienne). Les projets de la
cinquième catégorie furent
menés àbien grâce àune assistance bilatérale.
Il en fut ainsi de
deux projets
entamés en 1971
avec l'aide
de la
Suède (en Afghanistan
et au Kenya) et
d'un autre
entrepris la
même année avec
le concours
d'une fondation
suisse (au
Niger)"
Tel
qu’il fut, ce programme s’est inscrit dans la voie
des efforts tendant vers l’éducation permanente.
Il fût à la fois entouré
d’approbations et de réticences, soutenu par de
larges adhésions ou soumis à de
sévères critiques. En
réalité, le
sens du Programme expérimental n'avait pas
été compris. La méconnaissance des
objectifs, et donc l'interprétation erronée de la
part de certains milieux du bilan et les conclusions
erronées, largement diffusées par les
médias, avaient porté préjudice aussi
bien à l'Unesco qu'à la cause de
l'alphabétisation. Cette mauvaise interprétation
a été évoquée par le
Directeur général de l'Unesco qui, dans son
allocution du 8 septembre 1976, a souligné qu'on a "trop
souvent oublié qu'il s'agissait d'un programme
expérimental, qui n'avait pas pour objectif
d'éliminer ni même de réduire
l'analphabétisme dans le monde".
En
1974-1975, un groupe de
cinq experts
indépendants, constitué par
le PNUD
et
l'Unesco, a élaboré
un rapport
final d'évaluation,
achevé en
juillet 1975 et
publié par l'Unesco
et le
PNUD en
1976. Ce document
présente une description de
chacun des
onze projets
nationaux mis
en oeuvre pendant la
période du
PEMA (le
douzième projet, Venezuela,
avait fait
l'objet d'un
financement exclusivement
national), ainsi qu'une analyse
globale portant
sur:
la
justification du programme
expérimental (les intentions déclarées);
les
moyens:
ressources,
institutions et
instruments;
l'exécution:
la
mise en
oeuvre du
programme;
les
résultats:
les
effets sur
les participants;
le
coût du programme.
Le
Rapport d’évaluation,
détaillé et riche d’interrogations et
de doutes, de certitudes et d’incertitudes,
d’enseignements à la fois sur ses
résultats et ses échecs, représente un
ensemble de conclusions nuancées, autant positives que
négatives. "L'un des grands enseignements qu'on
tire du PEMA, soulignait le rapport, est que
l'entreprise revêt une grande complexité. Personne
n'avait prévu, au départ du Programme, que
celui-ci allait atteindre une telle complexité et nombre de
participants, d'instructeurs, d'administrateurs, sans parler des
évaluateurs, s'en trouvèrent
découragés". Le rapport ajoute que "en
dépit de ses effets décourageants, la
complexité du PEMA a été stimulante".
Malgré
les nombreuses critiques (parfois exagérées,
souvent injustifiées), Le Programme était aussi
riche d’enseignements "positifs":
- Si l’alphabétisation doit s’articuler
sur le développement, ce dernier doit être pris
dans un sens large comportant aussi la transformation sociale; on
conteste ainsi une fonctionnalité étroitement
centrée sur la productivité économique
(vite abandonnée!. Cf. le chapitre sur la
fonctionnalité);
- l’alphabétisation n’est pas seulement
une affaire technique. On ne peut oublier l’importance de sa
dimension politique;
- l’expérience du PEMA a montré
qu’une grande importance devait être
attachée aussi bien au perfectionnement en cours
d’emploi des instructeurs qu’à leur
formation préalable;
- le PEMA a aidé à exorciser le mythe de la
nécessité absolue des bâtiments
modernes. Il a montré de façon concluante
qu’un enseignement de base adéquat peut
parfaitement être dispensé dans des cadres
variés;
- sur le plan pédagogique, l’organisation des
classes d’alphabétisation dans des milieux
diversifiés a aidé à associer
l’éducation à
l’expérience journalière;
- ce programme a aussi montré que la communication ne doit
pas cheminer seulement du haut vers le bas (de celui qui fait le
programme vers le nouvel alphabétisé). Ce
dernier, à son tour, doit être
encouragé à communiquer vers le haut (par exemple
à s’exprimer dans la presse rurale).
En conclusion, on pourrait dire que l’on
a beaucoup appris de ces expériences
d’alphabétisation, sans qu’elles
puissent être regardées comme un grand
succès: les taux de participation aux classes
d’alphabétisation organisées au titre
du PEMA étaient fort peu satisfaisants, les coûts
étaient relativement élevés, le
succès aux examens finals fort limité et
l’impact de l’alphabétisation du point
de vue du changement des comportements et des conditions
socio-économiques assez restreint. Les auteurs du rapport se
demandent cependant si les critères de réussite
du programme que l’on a utilisés
étaient tout à fait fiables. L’ouvrage
conclut sur un certain nombre de recommandations du groupe
d’experts pour l’évaluation des projets
expérimentaux d’alphabétisation.
Après
le PEMA:
le tournant
de Persépolis
(1975) et
le
premier Plan
à
moyen
terme (1977-1983)
Dans
l'allocution qu'il
prononça le 8
septembre 1976,
lors de
la Journée
internationale de
l'alphabétisation (célébrée
chaque année
depuis 1967),
le Directeur général
souligna l'importance
du débat
ouvert par
le rapport
d'évaluation du PEMA,
et évoqua "la diversité des
variables àconsidérer et l'importance de l'engagement
politique dont
l'alphabétisation doit faire
l'objet, afin de
susciter une action concertée de
la part de la
société tout entière". Le rapport
annuel (doc.
20 C/3)
pour 1975-1976,
qui cite ces propos,
indique que "certaines
questions méthodologiques
peuvent désormais
être abordées sans
difficulté grâce aux
résultats obtenus dans
le cadre
du Programme
expérimental mondial.
Certains Etats membres ont
poursuivi ou
lancé des programmes
de grande
envergure … dans certains cas,
en généralisant
àl'échelon
national les approches
ou les
méthodes mises au
point"
dans le
cadre de
ce programme.
Des difficultés
et insuffisances
sont aussi mentionnées
pour cette période
1975-1976 précédant
le premier
Plan àmoyen terme:
"certains
Etats
membres ne
considèrent pas l'alphabétisation
des adultes
comme prioritaire;
pour d'autres, le
problème se pose
surtout en
termes de
disponibilité de ressources
matérielles et humaines;
pour les groupes les
moins favorisés, les motivations
pour s'alphabétiser
ne sont
pas suffisamment
fortes parce qu'il
n'existe pas
encore de
situation dynamique
qui les
rende nécessaires;
les
difficultés les plus importantes pour
l'alphabétisation sont donc, en général,
extérieures au domaine
de l'éducation''.
L'évaluation du PEMA,
les divers
travaux des
conférences internationales ainsi que ceux
de la
Commission internationale
sur le
développement de l'éducation
trouvèrent un point
de convergence
en 1975.
Cette année
là, en effet,
fut réuni
le Symposium
international d'alphabétisation organisé par
le gouvernement
de l'Iran
avec la
coopération de l'Unesco.
Ce symposium
a approuvé
la Déclaration de Persépolis
qui décrit, entre
autres, les structures
favorables àl'alphabétisation
et les grandes lignes
stratégiques et méthodologiques àsuivre,
affirmant par ailleurs que "l'alphabétisation est
une œuvre d'intérêt planétaire qui réclame
le dépassement
des distinctions
idéologiques, géographiques ou économiques.
Même si son
champ d'application
privilégié
est représenté
par le
tiers monde, le
nouvel ordre
international lui confère
un caractère
d'universalité à travers
lequel doivent
se manifester
la solidarité
concrète des nations
et la
communauté de
destin des
hommes".
Cette référence
au nouvel
ordre économique
international contenue dans
la Déclaration
de Persépolis
coïncide avec la position
adoptée par l'Unesco
dans l'ouvrage
"Le monde
en devenir" où
il
est
dit:
"Etant
donné l'ampleur de
l'analphabétisme, l'instauration d'un
nouvel ordre économique implique
son éradication. L'analphabétisme freine le développement et limite les droits de
l'homme". Le
Symposium s'est
prononcé pour des
orientations appuyées
certes sur
l'évaluation du PEMA
mais plus ouvertes, soulignant
"l'importance
de
la volonté
politique, la conception large
de la
fonctionnalité, la
pluralité des stratégies,
la nécessité
d'encourager la participation globale de la
société, y compris les analphabètes
eux-mêmes"
Sur
la base
des travaux
de ce
symposium et
des autres
orientations observées
au cours
de la
période 1970-1975 dans la
communauté internationale, ainsi
que des résultats de
la consultation
des Etats
membres, des
institutions du
système des
Nations Unies
et des
organisations non gouvernementales,
le premier Plan àmoyen terme pour
1977-1982, adopté
par la
Conf&e